Après 5 jours de polémique, la nouvelle rectrice a tenté hier de mettre un terme à celle-ci, suscitée par la publication d’une interview dans les quotidiens régionaux (PQR) : La République du Centre et La Nouvelle République).
Au vu des éléments publiés hier et avant-hier (Excuses vidéo de la rectrice sur le site de La NR, bande audio de l’interview incriminée sur le site de La Rep), ceux-ci me font revoir mon jugement personnel sur l’affaire et me font tirer les conclusions suivantes :Ses propos ont bien été déformés par la presse.
Quand je dis « presse », je parle de La Nouvelle République en particulier. Quand j’ai lu l’interview de la rectrice dans la NR, j’ai été immédiatement choqué par le ton général de l’entretien : on avait là des propos très durs, dits de façon agressive ou vindicative. Les propos sur les enfants issus de l’immigration m’ont affecté car ils validaient une fois de plus le discours politique ambiant en Sarkozie qui rend les étrangers responsables de tous les maux de notre société (et là, je reconnais : je suis à bout !). Or en écoutant la vidéo excuses de la rectrice mais surtout la bande audio de l’interview, on constate que Mme Reynier a tenu des propos de façon calme et pausée, et qu’elle n’a pas fait preuve d’agressivité, que Mme Reynier fait un constat et qu’elle cherche surtout à trouver des solutions. On découvre aussi que les propos mis entre guillemets n’ont pas été prononcés par la rectrice. Elle n’a jamais prononcé le mot « statistique » et faisait référence à une enquête qui circule dans l’éducation nationale. Car c’est bien le mot « statistique » qui a fait (à raison) bondir les associations et partis politiques (PCF, PS) puisque les statistiques ethniques sont interdites en France !
Il serait donc intéressant de voir quelles conclusions, La NR va tirer de cette affaire. Comment un journaliste a pu prendre autant de légèreté dans le traitement de l’interview pour donner un sens différent à celle-ci ? Comment La NR a pu publier une interview à charge sans vérifier que les propos retranscris aient bien été tenus ? Il en va de la crédibilité de l’information délivrée par le quotidien. Je n’attends pas des excuses de leur part, tout au plus un mea culpa : « on a fait des erreurs ! ».
Le système médiatique est un rouleau compresseur : Les réseaux sociaux sont son Buzzdozer !
Dans La République du Centre, Marie Reynier attaque le net et notamment les blogs : «Un mot, un blog repris sans vérification par des médias nationaux conduisent à un lynchage ». Non, la polémique est partie de la presse et de l’interview dans La Nouvelle République. Le Net (les blogs et les réseaux sociaux) n’ont fait que reprendre et relayer l’information. Le premier blog à avoir traité l’information a été le blog identitaire fdesouche, trop content qu’une rectrice de la République stigmatise les enfants d’immigrés, reprenant texto les propos cités par la NR. A ce que je sache, les médias nationaux n’ont pas pris comme source fdesouche ! Ensuite les blogueurs ont relayés l’information tel quelle, en l’enrichissant de leur avis pour certain…Les réseaux sociaux ont aussi participé à la polémique en diffusant l’interview de la rectrice au plus grand nombre : RT sur twitter, J’aime ou Partage sur Facebook… Avec là aussi, l’ajout de commentaires ou avis des internautes ! Le Net est un outil. Il n’est donc pas responsable de cette polémique à lui tout seul !Le rôle de la presse dans l’affaire est un peu plus mitigé. Je ne reviendrai pas sur l’interview altérée de la rectrice par La NR. Mais une fois, que les dépêches AFP et Reuter ont été publiées, la machine infernale s’est mise en branle… Comme les médias tirent la majorité de leur contenu de ces dépêches, les propos de la rectrice ont été répliqués en temps réel les uns après les autres… Le problème : les journalistes de l’AFP et Reuter ont repris eux-aussi intégralement les propos cités par La Nouvelle République. Mais les ont-ils vérifiés ? Ont-ils pris le temps de contacter la rectrice ou son entourage pour valider ces informations ? On en revient donc à Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, qui amplifie le phénomène de buzz !
La communication de crise est un métier !
Pour finir, la gestion de la crise par le rectorat laisse sérieusement à désirer. Lors de la parution de l’interview de mme Reynier dans La NR, le service communication de la rectrice aurait du saisir l’ampleur de l’article et faire un démenti immédiat à envoyer aux différents organes de presse (agences et PQR). La rectrice n’a pas réagit avant lundi (et a laissé le temps à la polémique de gonfler) en accordant une interview filmé au quotidien responsable de « ses malheurs » (sic !). Heureusement pour elle, La République du Centre a publié les rushs de cet entretien qui montre clairement que les mots (« statistique » notamment !) n’ont pas été employés. Le rectorat aura attendu mardi 21 pour demander à La NR de publier un démenti (et ce, seulement sur l’expression « rectrice de gauche »). J’espère que cette affaire lui aura au moins servi de leçon ainsi qu’à son staff, et qu’ils seront plus réactifs à l’avenir. La communication est aussi un métier !
Pour moi, cette polémique est donc close !